Nestlé une vie concentrée

AUTO-FICTION TYPE

Nestlé, le concentré sucré… Ma première vie se résume à ça : du concentré certes, mais sans le sucre, une vie avec un « con-centré » d’égoïsme…. Avec qui j’ai tout de même passé vingt longues années de ma vie… ! Vous me direz : c’est le lot commun de toutes les complexées, filles de divorcés, oubliées du cœur, qui s’en sortent grâce à l’esprit !! Et oui, la nature est bien faite, ce qu’elle te prend d’un côté, elle te le rend de l’autre ! Vous parlez d’une consolation !! Quand on nait fille, il vaut tout de même mieux être belle plutôt qu’avoir un cerveau non ? Au moins a-t-on l’espoir de réussir sa vie en faisant un beau mariage ! Armé d’un cerveau relativement vif et d’une mémoire d’éléphant, je me suis vite rendu compte que ce physique des plus communs annihilait toutes les chances d’une vie un tant soit peu heureuse avec un homme aimant. Enfin… toutes chances… s’il y en avait au départ !

Mon départ, vous l’aurez compris, n’a pas été brillant. Éduquée par une belle-mère peu aimante (un pléonasme !) ; oubliée par un père misogyne qui ne voyait que par son fils, mon seul et unique frère, il aurait fallu qu’il me pousse un complet trois pièces entre les jambes pour avoir un tant soit peu d’attention et par voie de conséquence, un peu de confiance personnelle, cette profonde assurance, cet équilibre émotionnel, ce talent inné pour le succès et la réussite en amour, caractéristique des adultes concrètement aimés par le parent du sexe opposé. Bien évidemment, du côté maternel, ce n’était guère mieux. Ma mère cherchait surtout à se recaser au plus vite. La suite était prévisible. Le premier regard qui a bien voulu se poser sur moi… forcément, je l’ai épousé !

Mis à part un cerveau très opérationnel et une mémoire d’éléphant, je ne correspondais hélas pas à un standard physique apprécié, façon top modèle blonde haut-perchée : 1,60m au garrot la bête. Plutôt courte sur pattes donc, des lunettes à tessons de bouteille en guise de mascara et une masse informe et fade de cheveux ni complètement roux ni complètement blonds, pas complètement raides ni complètement bouclés.

Bref, tout pour faire fuir les rares prétendants équilibrés et serviables devant ma mine déconfite de mal-aimée et complexée des canons féminins ! L’ensemble a donc été contre-balancé par dame Nature au travers d’une énergie à toutes épreuves pour tout faire, une mémoire infaillible pour réciter des monologues de théâtre à longueur d’année, et le cœur prêt à tout assumer en toutes circonstances. Lorsque l’amour fait défaut très tôt, l’humain développe une fâcheuse tendance à vouloir racheter des fautes qu’il n’a jamais commises, en se rendant corvéable à merci, pour le premier qui voudra bien s’attarder. Patrice n’avait rien d’un attardé et tout du fils à Papa, élevé par un père lui aussi misogyne qui usera sa femme avant lui. Pour le coup, le talent semblerait presque se passer de père en fils ! J’ai enfin compris… Ils voulaient exploser les statistiques à eux tout seuls. Quand les hommes ont une espérance de vie plus courte que les femmes, dans cette famille, les épouses sont toujours mortes avant leur époux… me mettre la puce à l’oreille ? C’était sans compter ce léger défaut tellement humain. J’ai dû me prendre pour une héroïne des temps modernes ou croire un peu trop aux contes de fées. Orgueil quand tu nous tiens !
Je suis donc tombée éperdument amoureuse de Patrice dès l’âge de 16 ans, avec une envie furieuse de quitter rapidement le domicile parental, où les enfants de ma chère belle-mère avaient tous les droits et, logiquement, toutes les envies pour m’en faire voir de toutes les couleurs. Seize ans et Patrice devant moi. Seize ans, ce n’était pas triste pour le coup ! Adieu tristesse, bonjour liberté !