Conscience & enfance…

Altérité et différences, changez de longue vue pour changer de modes de vie!

Je suis écrivain public, métier vaguement situé entre l’écrivain dilettante et l’aide sociale potentiellement bénévole (les résultats sont souvent proportionnels à l’investissement!) relayant des images de courriers, de procédures administratives et de public impatient ou perdu. La profession (car c’en est une!) a failli disparaître au siècle dernier, reléguée aux oubliettes dans l’entre-deux-guerres, grâce à l’école rendue obligatoire. J’ai donc décidé de vous expliquer deux choses : à quoi sert ce métier et pourquoi a-t-il de l’avenir.

Rédiger un courrier, remplir un dossier peut vous paraître simple, mais il ne l’est pas pour des personnes peu lettrées ou peu sûres d’elles. À l’une des deux extrémités de l’échelle sociale, j’ai donc affaire à des personnes plus ou moins démunies de tout ce que l’on résume par le mot « moyens » au pluriel. Moyens intellectuels d’abstraction, moyens d’expression, moyens de locomotion, moyens financiers bien sûr. À l’autre extrême de cette même échelle, j’interviens pour mettre en exergue une carrière, une histoire de vie, une entreprise, en qualité de biographe. Ces personnes-là ont des moyens, certes. Encore faut-il qu’elles/ils mesurent l’intérêt d’imprimer de la communication positive ou éditer des souvenirs à relater à leur descendance, des messages, des ressentis, bref du vécu et de l’histoire véritable, absente des livres scolaires. Entre ces deux extrêmes, le métier revêt un caractère plus ou moins insolite ou original puisque l’écrivain est amené à rencontrer toutes sortes de profils, allant du criminel en prison au doctorant auteur d’articles, en passant par l’écrivain occupé, l’éditeur pressé ou l’étudiant, rédacteur négligent d’un rapport de stage ou d’un mémoire d’études. Bref, l’écrivain public rédige, corrige, réécrit, témoigne ou exorcise les mémoires de profils plus ou moins accidentés de la vie. Car oui, ce métier est un exorciste, un extracteur de noblesse parfois, d’attentes toujours, de mémoires souvent, de nature aussi. Avec ce cortège de défauts et qualités, de réussites et erreurs de parcours, propres à l’humain dans son « humanité » la plus humble. Il faut du vécu pour comprendre l’autre, en même temps qu’une bonne dose d’humilité dénuée de tout jugement. L’écrivain public déploie non seulement les compétences du professeur, mais aussi celles de l’éditeur, de l’assistante sociale ou du psychologue. Il faut à la fois la rigueur digne d’un magistrat procédurier et l’ouverture d’esprit de l’aventurier patenté par un séjour en terre hostile. Le grand-écart en permanence !

écrivain public;biographe hospitalier;récits;romans
biographe et récit, choix de vie et accidents de parcours. L’écrivain public se transforme parfois en biographe hospitalier

Ce métier dispose d’un réel avenir à l’heure où l’humain ne sait plus écrire… ou si peu. Il ne voudra ou ne pourra bientôt plus lire, faute d’avoir développé ce gout inestimable de la lecture dès le parc à jouets. Mettre des mots sur les maux est une étape cruciale dans le processus de compréhension puis de résilience cher à Boris Cyrulnik et l’écrivain public a d’autant plus de pertinence dans son intervention que l’humain est fainéant par nature. La facilité prime sur la véracité et l’effort. Le mensonge a volé les vêtements de la vérité qui n’ose sortir du puits !

vérité;éducation;schémas familiaux;écrivain public;modèles de vie;référents
La vérité sortant du puits. L’humain est fainéant par nature. la facilité prime à la véracité et l’effort

Ce métier ne me permet pas encore d’en vivre complètement. En plus de quelques biographies, j’ai donc parfois des heures de cours à assurer auprès d’élèves en classe entière et d’autres à domicile. À rencontrer des adolescents, des adultes en devenir, et surtout des parents, aux questionnements inquiets, aux étiquettes parfois inconscientes et surtout indélébiles, aux contraintes lourdes, songez au miroir sur vous-même. Reflet des formats involontaires hérités de nos parents, la vidéo est un miroir indispensable en ce qu’elle peut révéler notre nature profonde et les fondements de nos comportements. Le regard sur soi, en rapport aux autres, délivre du non-dit, de l’a priori, de l’être et du paraître, des schémas familiaux. En ce jour de Pâques, laissez gambader vos enfants à la recherche des œufs, mais prenez le père, la tante, l’oncle, le frère, la mère, la sœur en caméra. Filmez l’environnement humain au complet sur plusieurs séquences de la journée sans oublier vous-même… en oubliant l’œil du miroir. Peut-être que ces séquences vous révéleront des travers passés inaperçus, dans le grand silence des générations meurtries.

Parents éducation schémas familiaux dyslexie choix de vie image de soi
Parents éducation schémas familiaux

L’autre étape consiste à se créer un nouveau modèle, un référent salvateur. Cela prend un quotient émotionnel plutôt développé, une imagination débordante et beaucoup d’humilité en même temps qu’une ouverture à l’autre. L’altérité est le terreau du progrès pour peu que l’on ose le marcottage. Marcottage[1] : procédé de reproduction asexué des végétaux consistant à faire développer des racines à une tige ou une branche, puis à les séparer de la plante mère afin d’obtenir une plante autonome. Felix qui potuit rerum cognoscere causas : heureux celui qui connait la cause des choses.

Vous avez pris conscience de la raison de vos choix, l’explication de vos attitudes et leurs impacts, le pourquoi de la réaction de vos enfants? Bravo ! Marcottez les travers potentiels de votre éducation, les heurts de votre histoire familiale et les choix de vos ancêtres en procédant à une réimplantation, un renouveau salvateur. Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

famille;education;dyslexie;schemas familiaux;écrivain public;biographe
schémas familiaux et éducation tout est lié!

Pour que l’un de ces deux extrêmes s’amenuise à défaut de disparaitre, n’attendez pas le primaire pour lire à votre progéniture des histoires courtes en transformant les mots pour créer des images cocasses. Je faisais semblant de me tromper en remplaçant dans ma lecture « voiture » « Oui-Oui » ou « Potiron » par « poubelle » « clown » ou « dinosaure ». Mon fils riait aux éclats, il avait deux ans. Vous étiez dyslexiques et vos enfants le sont? Apprenez qu’un cerveau dyslexique traite l’information en images, donc bien plus rapidement qu’un autre en mode langagier. La dyslexie de votre fille/fils ne fait pas d’elle/de lui un cancre. Des méthodes pour l’en délivrer existent. Les trouver nécessite de les chercher. Vous vous considérez comme un « manuel » loin de l’intellectuel savant? ou au contraire comme un intello dont les enfants doivent l’être? Cessez donc de vous coller une étiquette, vous le ferez sur vos enfants. Vous êtes frustré(e) d’avoir appris le latin au lieu de l’espagnol, contraint(e) d’avoir fait infirmière plutôt que vétérinaire? Vos enfants ne sont pas le réceptacle de vos attentes personnelles ni la revanche de vos espoirs passés. Ils sont demandeurs d’amour, de reconnaissance et de repères plus que de pressions conscientes ou inconscientes. Vos parents ont fait ce qu’ils ont pu avec ce qu’ils étaient, choisissez l’altérité plutôt que le confort de l’entre-soi et marcottez votre comportement et vos choix. Nous ne sommes pas des catégories, nous sommes des humains. Cultivez votre jardin, apprenez cette langue que vous admirez depuis si longtemps, lancez-vous le défi de votre vie. Le cerveau est un muscle à exercer et l’on apprend à tout âge. L’entrainement sera long. Il faudra en supporter les courbatures. Laissez votre ego de côté et accrochez-vous !

En ce jour de Pâques, regardez-vous le nombril autrement qu’avec vos yeux, parce que vous ne pourrez jamais découvrir l’impact réel de vos paroles, vos gestes ou vos attitudes autrement que par un regard extérieur. Et cela ne peut être que le vôtre, car l’humain est ainsi fait qu’il/elle croit toujours avoir raison ! Quelle que soit votre éducation, comme il y a cent manières d’exprimer une idée par écrit, il y a cent manières de vivre sa vie. Le regret venu, il sera trop tard.

L’une des très récentes évolutions de mon métier d’écrivain public est celle de biographe hospitalier[2], car il arrive souvent qu’un écrit se fonde en thérapie. Changez de longue vue avant qu’il ne soit trop tard. Faites confiance à l’autre. L’altérité parfois inconfortable est un révélateur de nos propres grilles de lecture. Filmez votre environnement et rencontrez l’autre pour apprendre à lire ! Biographe-online.com vous souhaite de joyeuses fêtes de Pâques.

Corinne Boisbluche, le 22 avril 2019

(1)http://www.cnrtl.fr/definition/marcotter

(2)https://actu.fr/normandie/saint-lo_50502/biographe-hospitaliere-recueille-recit-vie-personnes-gravement-malades_22829677.html?utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR1ZQV54rjJTl1WW3M_WgkKBVQ6HzxVWFICSL6mH6V5CCDeKlVDRz6fnXaw#Echobox=1554826894