liensTraduction d'une auto-biographie rédigée en Allemand.

Traduction d’une auto-biographie allemande.

Jusque-là, ce que je sais de l’enfance de ma mère ne tient pas à grand chose. De même, l’époque de sa vie, s’étalant de ses années d’école jusqu’au mariage avec mon père en 1924 reste obscure. Il n’y avait alors aucun commentaire ni aucune explication à recevoir, ce que je déplore aujourd’hui. C’était ainsi et les gens ne parlaient pas. Ce que je raconte dans ces chroniques n’existe que grâce à la curiosité de Liesel, ma fille. J’ignore si, sans elle, j’aurais seulement pensé à entamer cette démarche auto-biographique.

Une fois le père de ma mère en retraite, celui-ci décida de déménager pour ramener sa famille sur son lieu de naissance, i.e Reppen, où il acheta sa maison que mes parents occupèrent pendant les premiers temps de leur mariage. Par respect de la tradition qui voulait qu’une épouse ne travaille pas, ma mère n’a donc jamais appris aucun métier et n’a jamais non plus travaillé à l’extérieur, hors du toit paternel. Elle resta vivre chez ses parents avec sa sœur Lotte, avant de lire les petites annonces et propositions de rencontre. Lotte devait être jalouse d’elle, considérant qu’en matière de mariage, elle avait la priorité en tant que sœur aînée, pour se mettre en recherche d’un futur époux. Pourquoi l’une eut le dessus sur l’autre, cela reste un mystère, à moins que ce ne soit mon père qui fit ce choix, que l’on comprend du reste ! Toujours est-il que finalement ma mère épousa mon père en mars 1924.

Quelques mois auparavant, en décembre 1923, mon grand-père décéda à la veille de ses soixante-dix ans. Il eut le temps de faire connaissance avec mon père qu’il aurait, parait-il, beaucoup apprécié, comme me le raconta plus tard ma mère. La suite vous la connaissez déjà. Mon père habita la maison de ses beaux-parents en présence de sa belle-mère qui eut, comme évoqué précédemment, une large part de responsabilité dans le divorce de mes parents, d’autant plus prépondérante que le déménagement vers la villa Daheim ne put changer la donne. Ma grand-mère mourut quelques années plus tard, après le déménagement, une fois son forfait accompli.
Mes parents vécurent quand même leurs premières années de mariage dans un bonheur certes tout neuf mais entier. Pour quelles raisons ? Ils passaient en fait le plus clair de leur temps libre ensemble, et notamment les soirées en weekend sur les routes à faire des tours de moto, participer à des événements sportifs organisés par l’association de motards de mon père, devenu membre du club éponyme. De plus, mes parents avaient fait l’acquisition d’un berger allemand et étaient, cette fois tous les deux, membres de l’association des bergers allemands. Ce chien prénommé Ralf, arrivé dans la famille avant moi, devint rapidement mon premier confident.

La vie n’eut ensuite plus la même saveur. Ma mère quitta la maison peu de temps avant le second mariage de mon père, fin 1937 ou début 1938. Elle alla d’abord à Görlitz chez la Tante Trudel, veuve du demi-frère de mon père. Elle y habita jusqu’à ce qu’elle trouve une place de femme de ménage dans une petite usine. Hélas, elle ne put y rester longtemps. Le propriétaire ou sa femme ou bien encore les deux, étaient juifs. Ils s’enfuirent avant les premières hostilités, vers la Suède. J’ignore si elle put retrouver un emploi ou bien si elle rencontra aussitôt son second mari, Hans. Papa B. comme j’eus coutume de l’appeler, était de douze années plus âgé que ma mère. Né en décembre 1874, il était devenu restaurateur. Il fit de ma mère une gestionnaire accomplie. Elle dirigeait le buffet et le bar tous les soirs et officiait parfois en salle. Ma mère buvait volontiers sa petite liqueur, souvent de la liqueur d’œuf, utilisée en pâtisserie, mais sans jamais exagérer. Jeune fille, elle adorait la fête et les libations. Elle me raconta notamment qu’elle avait fait un pari contre un client. Qui des deux était capable de boire le plus de « schnaps » à la volée. Elle gagna son pari contre un homme ! Elle avoua tout de même avoir triché à cette occasion. Elle avait avalé juste avant une énorme quantité de beurre de baratte !!